Ce matin, Facebook a enfin publié son livre blanc tant attendu décrivant sa blockchain et son projet stablecoin nommé Libra, ainsi qu’une documentation technique plus détaillée.

Trois points important du livre blanc :

  1. Facebook a choisi de développer sa propre blockchain initialement autorisée avec le consensus PBFT et son propre langage de contrat intelligent Move plutôt que d’adopter une autre plate-forme existante ou en développement.
  2. Le stablecoin utilisée sur cette plate-forme sera adossée à un panier de dépôts bancaires et de titres d’État à court terme, mais il n’y aura pas de rattachement strict.
  3. La plateforme sera dirigée par une association de Libra prétendument indépendante qui sera formée en Suisse et dans laquelle les autres membres sont censés avoir les mêmes droits que Facebook.

La plateforme blockchain

La blockchain de Libra sera d’abord une chaîne autorisée basée sur un protocole de consensus byzantin tolérant aux fautes (BFT) appelé LibraBFT. Il s’agit d’une variante d’une toute nouvelle approche consensuelle appelée Hotstuffqui promet de combiner réactivité et faible surcharge de communication.

Étonnamment pour certains sceptiques, la blockchain conserve la nature pseudonyme des adresses d’utilisateurs et les caractéristiques d’auditabilité, conservant ainsi les caractéristiques de base familières des blockchains bien connues.

Pour les contrats intelligents, la plate-forme s’appuiera sur un langage spécifique appelé Move. Il semble être destiné principalement à des applications financières et se concentre beaucoup sur la sécurité et les transferts d’actifs. Sa vue d’ensemble détaillée peut être trouvée ici.

Alors que la validation des transactions sur la plateforme sera initialement limitée aux nœuds approuvés, dans le livre blanc, Facebook s’engage à maintenir un accès ouvert à la plateforme pour tous les utilisateurs et développeurs. Reste à voir dans quelle mesure cette garantie peut être respectée dans la pratique.

Le stablecoin

La Balance de la plate-forme sera une pièce de monnaie stable soutenue par la Réserve de la Balance, composée de dépôts bancaires et de titres d’État à court terme. Toutefois, le livre blanc souligne qu’aucune tentative ne sera faite pour lier strictement Libra à une monnaie nationale, l’objectif étant simplement de minimiser la volatilité.

La gouvernance

La plate-forme Libra sera initialement lancée en tant que plate-forme autorisée régie par l’association susmentionnée. Le livre blanc contient l’engagement de commencer à passer à un mode sans autorisation dans les 5 ans suivant le lancement de la plate-forme.

L’association Libra compte déjà une liste impressionnante de membres fondateurs, dont les plus importants sont Visa, Mastercard, PayPal, Uber, ebay et Lyft. Il y a même plusieurs sociétés importantes de l’espace de la blockchain proprement dite, dont Coinbase, Andreessen Horowitz et Xapo. Cette approche ressemble fortement à celle déjà suivie par Hedera Hashgraph.

Dans une tentative claire de decentralisation, Facebook affirme que son rôle éventuel dans le projet sera égal à celui des autres membres de l’association. Elle a également créé une filiale distincte appelée Calibra afin de gérer ses services sur la plate-forme Libra et d’assurer la séparation des données sociales et financières.

Les implications pour d’autres projets de la blockchain

La plate-forme Libra est censée entrer en service au premier semestre 2020. Ses annonces peuvent-elles néanmoins avoir des implications majeures pour l’espace de la blockchain ?

Une interprétation à la fois positive et négative est plausible. D’une part, l’annonce de Facebook sensibilisera certainement le public à la technologie de la blockchain et aux cryptomonnaie, ce qui pourrait profiter à tout l’espace. Cependant, Libra pourrait aussi détourner l’attention et les ressources d’autres projets. Certains gouvernements peuvent, en théorie, le choisir aussi comme plate-forme crypto  » apprivoisée  » préférée, tout en en marginalisant d’autres.

Quant à la concurrence directe entre Libra et les autres plates-formes et applications décentralisées, Libra est évidemment plus une menace pour les projets qui sont fortement axés sur les applications financières. Cela concerne en particulier les plates-formes axées sur le transfert de devises et l’espace De’Fi.

Une autre question que l’on peut se poser est de savoir pourquoi Facebook a choisi de développer sa propre plate-forme de blockchain plutôt que de former un partenariat avec l’un des projets de blockchain de contrats intelligents et évolutifs tels que Ethereum 2.0, Zilliqa, Algorand, Hashgraph, etc. L’une des interprétations est que Facebook, après avoir passé en revue sa technologie, a raison d’être sceptique à l’égard de ses perspectives techniques. Facebook semble faire allusion à cela à plusieurs endroits dans le livre blanc.

Cependant, une interprétation plus plausible est que, malgré l’engagement exprimé en faveur de la décentralisation finale, Facebook et les autres membres fondateurs voulaient maintenir un degré de contrôle significatif qu’un projet open-source ne permettrait pas. Il est peu probable que, peu de temps après l’annonce du projet, l’équipe Facebook ait eu le temps d’étudier en profondeur tous les grands projets de plateformes de contrats intelligents. En fait, sa documentation ne mentionne que le Bitcoin et l’ethereum.

Défis potentiels pour Libra

Le principal défi auquel le projet Libra sera confronté est de minimiser l’impact de la réputation entachée de Facebook en veillant à ce que ses services ne soient pas utilisés à mauvais escient. Les pressions exercées par les militants et les politiciens interventionnistes peuvent inciter les gouvernements à entraver la mise en œuvre du projet. Cependant, trois facteurs peuvent agir en faveur de Facebook : l’accent mis sur l’inclusion financière mondiale des personnes non bancarisées, la large coalition d’acteurs économiques qu’il a formée et l’engagement à séparer les données sociales et financières.

Le choix d’ajouter des titres d’État à court terme à la réserve de monnaie stable est surprenant et pourrait mettre en péril les propriétés de stabilité de la monnaie à l’avenir, étant donné que la dette publique de la plupart des pays développés ne cesse de croître et que leurs systèmes de sécurité sociale sont soumis à une pression croissante du fait du vieillissement démographique.

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